À dos de mule. Sport rural, alliances socio-techniques et consolidation de la paix dans les régions du Nord et du Bas-Cauca en Antioquia

Essai - Étude socio-technique.

Andrés Esteban Marín-Marín
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– Les Jeux sportifs ruraux 2025 pour le lait et l’élevage à Valdivia comme outil de médiation territoriale.

Résumé

En septembre 2025, la municipalité de Valdivia, dans le nord du pays (Colombie), a accueilli les premiers Jeux sportifs ruraux pour les éleveurs laitiers et de bétail, un événement sous-régional pour le Nord et le Bas-Cauca, organisé par Indeportes Antioquia. Cinq cent dix-huit athlètes issus de treize municipalités se sont affrontés pendant cinq jours sur un territoire en proie à une crise humanitaire persistante : déplacements forcés de population, affrontements entre l’ELN, le Clan del Golfo et des dissidents des FARC, et un taux de pauvreté multidimensionnelle de 81 %.

Cet essai analyse, d’un point de vue socio-technique (Thomas, Becerra et Bidinost, 2019) et à travers la théorie des médiations (Martín-Barbero, 1987 ; Castells, 2009), comment cet événement sportif a fonctionné comme une alliance socio-technique émergente – composée d’athlètes paysans, d’arbitres, de communautés, d’institutions, d’artefacts symboliques, de musique, d’infrastructures et de plateformes de communication – capable de redéfinir l’espace, d’apaiser les tensions conflictuelles et d’activer des formes de citoyenneté paysanne. Fondé sur des entretiens de terrain , des bulletins institutionnels, une couverture journalistique et des observations directes, le texte examine le potentiel transformateur de cette médiation territoriale.

Mots-clés : sport paysan, consolidation de la paix, alliances socio-techniques, communication publique, ruralité, conflit armé, genre, citoyenneté.

Le brasero et la mule

La première chose qui frappe en arrivant à Valdivia, c’est le « fleuve de camions ». Le Troncal de Occidente, cette route nationale de 165 kilomètres reliant Medellín à la côte atlantique, traverse la commune du sud au nord, en plein cœur, et le trafic dense ne s’arrête jamais. Des semi-remorques chargées de marchandises descendent vers les Caraïbes avec la même régularité que les informations sur le conflit armé remontent vers la côte. Valdivia est une commune charnière : là où la région andine du nord d’Antioquia rencontre les plaines du Bas-Cauca. « La porte d’or du Bas-Cauca », l’appellent ses habitants. Ils l’appellent aussi, avec moins de fierté, « une ville sans place ». Selon le recensement national de la population et du logement de 2018, 13 801 personnes vivent ici sur 545 kilomètres carrés de montagnes, de rivières et de communautés rurales isolées (DANE, 2018). Les projections pour 2025 estimaient à 14 823 le nombre d’habitants (DANE, 2025).

Le mercredi 10 septembre 2025, peu après 15 heures, le parc principal s’animait d’une effervescence inhabituelle. Un défilé, parti du secteur de La Variante, arriva au parc : 518 athlètes ruraux, originaires de treize municipalités, vêtus de maillots portant les noms d’Angostura, Briceño, Cáceres, Campamento, El Bagre, Entrerríos, Gómez Plata, Guadalupe, Ituango, San Pedro de los Milagros, Santa Rosa de Osos, Yarumal et Valdivia, la municipalité hôte, défilaient entre une mule et un bœuf – symboles du travail rural dans ces deux sous-régions –, des dignitaires municipaux et départementaux, des arbitres, des troupes de danse et des drapeaux représentant la vie rurale.

Les jours suivants, cinq disciplines les attendaient, présentées dans les catégories féminine et masculine : l’athlétisme a animé les rues de la municipalité et le quartier résidentiel de Villa Alba ; le basketball et le futsal ont enflammé le colisée municipal ; le volleyball mixte a trouvé son rythme entre le terrain annexe et le colisée ; et le football a investi le terrain de Cachirimé, dans le quartier de Puerto Valdivia. Le tout s’est déroulé au son du murmure incessant des Andes, dont la musique enveloppait les lieux. Tandis que les athlètes locaux Aron Patiño, Gisela Restrepo et Antoni Giménez portaient la flamme, on entendait « Canta Campesino », une chanson que le Conjunto Cerro Bravo de Fredonia promouvait alors sur les réseaux sociaux. Des applaudissements ont retenti entre les bâtiments.

La vasque olympique est arrivée sur scène juchée sur une mule de fer, menée par le maire de la commune, Carlos Danober Molina Betancur – ingénieur agronome et agriculteur, toujours coiffé d’un chapeau, même lors d’une interview aux studios de Telemedellín. Davison Dávila, joueur de volley-ball originaire de Valdivia, a récité le serment des athlètes. Yolanda Ramírez, arbitre de volley-ball, a prêté serment. Puis la flamme a été allumée sur cette sculpture métallique, marquant ainsi l’ouverture d’un nouveau chapitre dans l’histoire récente de cette région.

Une parenthèse improbable, compte tenu du contexte : quelques semaines auparavant, près de la route où défilaient les athlètes, l’armée avait désamorcé des engins explosifs laissés par l’ELN. En mai, 215 personnes – 92 familles – avaient été déplacées par les combats entre le Clan del Golfo et l’alliance dissidente ELN-FARC (Infobae, 2025). En juin, une policière avait été tuée lors d’une attaque contre le commissariat. Le général à la retraite Luis Eduardo Martínez, secrétaire à la Sécurité d’Antioquia, avait déclaré dans un média : « Les forces de sécurité sont insuffisantes pour faire face à la violence à Valdivia » (Caracol Radio, 1er août 2025). La municipalité enregistre un taux de pauvreté multidimensionnelle de 81 % selon la dernière mesure de la pauvreté multidimensionnelle municipale issue du recensement (DANE, 2021), établie à partir du recensement national de la population et du logement de 2018, contre une moyenne nationale de 11,5 % (DANE, 2024).

Cet essai analyse comment cet événement sportif a fonctionné comme une alliance socio-technique émergente, capable de produire une médiation territoriale dans un contexte de conflit armé actif et d’inégalités structurelles. La thèse centrale est que les Jeux paysans de Valdivia, composés d’acteurs humains (athlètes paysans, entraîneurs, arbitres, communautés, familles, institutions et journalistes) et non humains (infrastructures sportives, artefacts symboliques, musique et plateformes de communication), ont produit une médiation territoriale qui a redéfini l’espace, réduit les tensions du conflit et activé des formes de citoyenneté paysanne. Cependant, la nature transformatrice de cet événement a révélé un paradoxe structurel : pendant cinq jours, la présence institutionnelle articulée autour du sport a accompli ce que des mois d’opérations militaires n’avaient pas réussi à réaliser : un territoire apaisé où les populations ont réinvesti l’espace public.

L’analyse s’appuie sur diverses sources primaires : entretiens sur le terrain avec des athlètes et des acteurs locaux, communiqués officiels d’Indeportes Antioquia, couverture médiatique régionale et nationale, publications sur les réseaux sociaux et observation directe. Ces sources sont intégrées à un cadre conceptuel qui incorpore les études sociotechniques latino-américaines (Thomas et al., 2019 ; Bijker, 1995), la théorie de la médiation (Martín-Barbero, 1987) et les concepts de communication et de pouvoir dans la société en réseau (Castells, 2009).

Le coureur ensanglanté

Pour rejoindre Valdivia depuis Medellín, il faut parcourir environ trois heures de route qui grimpe vers les hauts plateaux du nord avant de redescendre abruptement vers les plaines du Cauca. Le paysage se transforme, passant des plantations aux pâturages, de la brume à une chaleur humide et suffocante. La route est en bon état, mais chaque virage peut dissimuler un poste de contrôle militaire ou un barrage routier improvisé. En 2025, rien qu’à La Paulina, l’ELN a perpétré douze attentats terroristes (Radio Caracol, 2025) : bombes artisanales, embuscades et attaques contre des bus.

L’économie municipale repose sur l’élevage bovin et la production laitière, l’agriculture (manioc, cacao, canne à sucre, plantain et maïs), l’exploitation minière artisanale et la pêche. Et la coca : selon le Bureau du Médiateur, dans son rapport d’alerte précoce n° 045-2020, la municipalité comptait 2 360 hectares de cultures de coca en 2019, un chiffre que des rapports ultérieurs d’Alerta Paisa portent à 4 726 hectares, ce qui en fait la municipalité avec la plus grande superficie cultivée de la région.

À Valdivia, trois groupes armés illégaux convergent : l’ELN, à travers son front Compañero Tomás et sa structure Héroes y Mártires de Tarazá ; le Clan del Golfo ; et des dissidents des FARC. El Colombiano (6 août 2025) la classe parmi les onze zones de conflit actives recensées par la police d’Antioquia. Le nombre d’homicides est en hausse : Valdivia est passé de 12 en 2023 à 19 en 2024 (El Colombiano, 24 novembre 2024). Mais la situation régionale est encore plus alarmante : dans la région du Bajo Cauca, cinq municipalités sur six ont vu leur taux d’homicides doubler. Caucasia est passé de 38 à 65, Cáceres de 15 à 32, El Bagre de 13 à 28 et Tarazá de 12 à 24.

Les mois précédant les Jeux furent marqués par les pires violences. En mai 2025, des affrontements entre le Clan del Golfo et l’alliance ELN-dissidents provoquèrent le déplacement forcé de 92 familles, soit environ 215 personnes (Infobae, 16 mai 2025). Le maire, Molina Betancur, lança un appel urgent au gouvernement national : « La menace qui pèse sur la population civile est constante et nous voulons éviter tout drame » (Infobae, 2025). L’Unité d’aide aux victimes achemina 5,5 tonnes d’aide humanitaire aux familles déplacées, hébergées dans le colisée de la ville (Alerta Paisa, juin 2025).

Ce même colisée qui, quelques semaines plus tard, accueillerait les athlètes des Jeux ruraux. L’infrastructure, passée d’abri humanitaire à lieu de compétition sportive, incarne, par sa matérialité même, toutes les tensions qui imprègnent ce territoire. Sur le plan socio-technique, cette transition révèle ce que Thomas (2008) décrit comme un processus d’adaptation socio-technique : une même structure – un colisée municipal – est réinterprétée par différents groupes sociaux selon les circonstances, se transformant d’un dispositif d’urgence humanitaire en un espace de rassemblements sportifs et communautaires. La structure physique demeure inchangée ; ce qui change, ce sont les personnes qui l’habitent, les significations qu’elles lui attribuent et les pratiques qui s’y déploient.

Figure 2. Délégation d'El Bagre lors du défilé d'ouverture. Remarque : Les athlètes ruraux d'El Bagre occupent le parc de Valdivia, brandissant le drapeau jaune et vert de leur commune. Valdivia, Antioquia, 10 septembre 2025. Photographie de l'auteur.
Figure 2. Délégation d’El Bagre lors du défilé d’ouverture. Remarque : Les athlètes ruraux d’El Bagre occupent le parc de Valdivia, brandissant le drapeau jaune et vert de leur commune. Valdivia, Antioquia, 10 septembre 2025. Photographie de l’auteur.

Le socio-technique comme lentille

Comprendre ce qui s’est passé à Valdivia exige un cadre conceptuel qui ne dissocie pas le social du matériel, l’institutionnel du symbolique, ni le technologique du culturel. L’approche sociotechnique, développée en Amérique latine par Hernán Thomas, Lucas Becerra, Paula Juárez et leurs collaborateurs, s’appuyant sur les traditions constructivistes de Bijker (1995) et la théorie de l’acteur-réseau, offre de tels outils. Comme le soulignent Thomas, Becerra et Bidinost (2019), toute technologie est une construction sociale, et toute construction sociale est technologique. Les distinctions a priori entre « le technologique », « le social » et « l’économique » s’estompent au profit d’une perspective intégrée qui parle de « sociotechnique » (Thomas, 2008).

Le concept d’ alliance sociotechnique est central. Thomas, Becerra et Bidinost (2019) le définissent comme une reconstruction analytique d’une coalition d’éléments hétérogènes impliqués dans le processus de construction du fonctionnement ou du dysfonctionnement d’une technologie. Cette notion nous permet de considérer les Jeux sportifs paysans non comme un événement isolé, mais comme une reconfiguration dynamique d’acteurs, d’artefacts, d’institutions et d’infrastructures qui co-construisent une fonction spécifique : la médiation territoriale dans un contexte de conflit. De son côté, Marín-Marín (2025) précise que la technologie est ici entendue au sens le plus large : technologie artefactuelle (infrastructures sportives, chaudron et autres infrastructures), technologie processuelle (logistique des jeux, système de restauration et accords municipaux) et technologie organisationnelle (articulation interinstitutionnelle, gestion de la communication et réseaux de coordination).

Jesús Martín-Barbero (1987) a déplacé l’analyse des médias vers les médiations sociales, proposant que la communication soit un espace où s’articulent discours, identités et rapports de pouvoir. Manuel Castells (2009) complète cette perspective en affirmant que « communiquer, c’est partager des significations par l’échange d’informations » (p. 87), et que la convergence d’Internet et des communications sans fil a généré des réseaux horizontaux reliant le local et le global. Appliqués à Valdivia, ces cadres d’analyse permettent de comprendre comment les communiqués de presse, les publications Instagram et Facebook, la couverture audiovisuelle et les stations de radio fonctionnent comme des acteurs d’un réseau de communication qui redéfinit le territoire : là où les médias régionaux et nationaux ont mis en avant la violence, les Jeux sportifs ruraux d’Indeportes Antioquia ont projeté une image de célébration, d’identité et de communauté.

Dans un travail antérieur (Marín-Marín, 2025), s’appuyant sur Ladrón de Guevara (2023), une distinction essentielle pour cette analyse a été proposée : la différence entre communication publique et communication institutionnelle. La première vise à renforcer l’accès à l’information, la transparence et la démocratie participative. La seconde se concentre sur la gestion de l’image et de la réputation. Comme l’affirme Ladrón de Guevara (2020), la communication publique doit être comprise comme une opportunité de favoriser la socialisation des citoyens et de leur donner la parole. Dans la lignée de la planification stratégique situationnelle (PSS) de Carlos Matus (1996), la communication doit être conçue comme un processus dynamique où l’interaction avec la communauté et l’analyse du contexte permettent un ajustement continu des stratégies. Cette tension entre communication publique et institutionnelle sera un fil conducteur tout au long de l’étude de cas.

Cette exploration ne s’est pas limitée aux sources documentaires ni aux entretiens. Valdivia s’est aussi révélée à travers les corps en pleine action, la solennité contenue d’une remise de médailles, la joie débordante de ceux qui montent sur le podium pour recevoir leur trophée, et les rues transformées en une scène festive. Ces moments exigeaient un autre instrument. L’appareil photo est alors devenu un prolongement de l’observation : préserver ce que les mots ne peuvent pleinement nommer. Les images qui accompagnent cet essai sont, en ce sens, des notes de terrain qui documentent, avec la même intention analytique que le reste du texte, la dimension corporelle et territoriale de ces Jeux sportifs ruraux.

Figure 3. Délégation hôte lors du défilé inaugural. Remarque : Les représentants de Valdivia défilent dans les rues de leur commune, exprimant leur joie et leur esprit de célébration. L’occupation de l’espace public par les communautés paysannes est au cœur de la thèse sur la redéfinition territoriale. Valdivia, Antioquia, 10 septembre 2025. Photographie de l’auteur.
Figure 3. Délégation hôte lors du défilé inaugural.  Remarque : Les représentants de Valdivia défilent dans les rues de leur commune, exprimant leur joie et leur esprit de célébration. L’occupation de l’espace public par les communautés paysannes est au cœur de la thèse sur la redéfinition territoriale. Valdivia, Antioquia, 10 septembre 2025. Photographie de l’auteur.

Le sport communautaire, inscrit dans la législation colombienne, se distingue du sport de haut niveau par son objectif non pas de compétition, mais de cohésion sociale et de renforcement du tissu social. La Constitution politique de Colombie (1991), en son article 52, reconnaît l’accès au sport comme un droit fondamental. La loi 181 de 1995 stipule que les politiques publiques doivent garantir un accès équitable. La Charte internationale de l’éducation physique et du sport de l’UNESCO (2015) souligne l’importance de l’inclusion comme principe directeur. Comme l’indique Medina-Pérez (2013), pour que le sport contribue à l’éducation civique, sa communication ne peut se limiter à la diffusion des exploits, mais doit s’appuyer sur des récits partagés qui transcendent la compétition.

Les organismes concurrents

Au cœur de l’alliance socio-technique qui a façonné les Jeux sportifs paysans ne se trouvent ni institutions ni infrastructures, mais des corps. Cinq cent dix-huit corps paysans qui, pour se rendre à Valdivia, ont dû demander l’autorisation à leur employeur, organiser la garde de leurs enfants, emprunter des routes patrouillées par des hommes armés et porter avec eux les représentants de leurs communes.

Elizabeth Espinosa Patiño a de longues jambes et une façon de parler qui mêle timidité et fermeté sereine. Elle est originaire de Santa Rosa de Osos, du hameau d’El Sabanazo – « un très joli hameau, près de la ville, à environ 40 minutes », précise-t-elle. Elle est vendeuse ambulante. Elle est la mère de Violeta, une jeune fille de 14 ans qui pratique le patinage artistique. Et elle est coureuse de fond. Elle court depuis neuf ans, même si elle n’avait jamais participé à des compétitions avant ces Jeux. À Valdivia, elle a concouru sur 800, 1 500 et 5 000 mètres et a remporté l’or dans les trois épreuves. Lorsque je lui ai demandé ce qu’elle ressentait en courant, elle a répondu sans hésiter : « Le sport coule dans mes veines ; je me sens libre, j’y prends plaisir, je suis en paix. » Puis elle a ajouté quelque chose que je n’ai pas pu oublier : « C’est un défi d’être à la fois mère, travailleuse et athlète, mais quand on fait quelque chose avec amour, on trouve toujours le temps » (mon propre entretien, septembre 2025).

Le cas d’Elizabeth incarne ce que la loi 181 de 1995 établit comme l’égalité d’accès au sport, mais avec une profondeur que les règlements ne parviennent pas à saisir. Paysanne, elle participe à une compétition dans un territoire assiégé, court dans les rues d’une ville où les médias ne s’aventurent généralement que pour couvrir la violence, et qui, en franchissant la ligne d’arrivée, démontre à sa fille et à sa communauté qu’une autre histoire est possible. « Mon rêve est de devenir une bonne athlète, d’améliorer considérablement mes temps et d’être une très bonne coureuse de fond », m’a-t-elle confié après la course, avec la sérénité de celle qui sait que rêver est déjà un acte de résistance. Dans ces mots réside quelque chose qui transcende le sport : l’héritage qu’une mère, une athlète, transmet à sa fille en franchissant la ligne d’arrivée dans un territoire déchiré par la guerre.

Figure 4. Elizabeth Espinosa Patiño participe à une course dans les rues de Valdivia. Remarque : Cette athlète de Santa Rosa de Osos, vendeuse et mère de famille, court dans les rues de la ville sous le regard attentif des habitants. Un enfant et sa grand-mère l’observent depuis le trottoir. L’image illustre la convergence des rôles de femme, mère, travailleuse, agricultrice et athlète, ainsi que l’exercice de l’action citoyenne dans un territoire assiégé. Valdivia, Antioquia, 12 septembre 2025. Photographie de l’auteur.
Figure 4. Elizabeth Espinosa Patiño participe à une course dans les rues de Valdivia.  Remarque : Cette athlète de Santa Rosa de Osos, vendeuse et mère de famille, court dans les rues de la ville sous le regard attentif des habitants. Un enfant et sa grand-mère l’observent depuis le trottoir. L’image illustre la convergence des rôles de femme, mère, travailleuse, agricultrice et athlète, ainsi que l’exercice de l’action citoyenne dans un territoire assiégé. Valdivia, Antioquia, 12 septembre 2025. Photographie de l’auteur.

Steicy Escobar Avendaño est arrivée à Valdivia avec son fils et son ordinateur portable. Originaire de San Pedro de los Milagros, elle pratique le futsal depuis neuf ans et avait interrompu sa carrière pour devenir mère. Elle a demandé l’autorisation à son employeur, mais a continué à travailler entre les matchs et à s’occuper de son fils, qui l’accompagne sur le terrain. « Ce n’est pas un obstacle à ce que l’on aime faire », a-t-elle déclaré à Redenorte (septembre 2025). Cette image – une mère qui travaille, joue en compétition et entraîne simultanément, dans une ville du nord d’Antioquia – en dit long sur l’égalité des sexes en milieu rural, bien plus que n’importe quel reportage.

Juan David Guerra López, joueur de volley-ball originaire d’El Bagre, a lui aussi dû poser des congés. « J’attendais ces jeux depuis longtemps pour pouvoir y participer », a-t-il confié à Redenorte (septembre 2025). Yonier Grisales Tamayo, 16 ans, est venu de Guadalupe après avoir troqué ses gants de gardien de but de football contre un ballon de volley-ball. « Être ici me remplit de fierté. Le sport m’apporte optimisme, amitié et joie », m’a-t-il dit lors de notre entretien. Il rêve d’étudier l’ingénierie des télécommunications à l’Université d’Antioquia. À chaque service, à chaque smash, Yonier joue pour son peuple et pour un avenir qu’il construit avec discipline et passion, dans une ville qui fait rarement la une des journaux.

Ces témoignages ne sont pas anecdotiques. Ils constituent les sources primaires d’une analyse qui, d’un point de vue socio-technique, appréhende les athlètes comme des acteurs centraux d’une alliance qui ne pourrait fonctionner sans leurs corps, leurs décisions et leurs sacrifices. Ce sont eux – et non les institutions – qui mettent en branle le mécanisme de médiation territoriale. Les institutions fournissent l’infrastructure, le financement, l’organisation, les médias et la visibilité. Mais ce sont les 518 corps paysans qui font vivre l’alliance.

Les règles du jeu équitable

Aux côtés des athlètes, les arbitres de Valdivia ont joué un rôle qui dépassait le cadre réglementaire. Yolanda Ramírez, qui a officié lors de la cérémonie d’ouverture, et l’ensemble de l’équipe arbitrale ont œuvré comme médiateurs d’un ordre légitime : ils ont veillé au respect des règles convenues et respectées collectivement. Sur un territoire où les « règles » sont imposées par des forces armées au moyen de barrages routiers, de menaces et de restrictions de circulation, la figure de l’arbitre redonne espoir en un ordre consensuel, en un jeu équitable accepté par tous. Le sifflet n’est pas qu’un simple instrument sportif : c’est un symbole qui incarne l’idée qu’il existe des règles qui ne peuvent être imposées par la force.

Et puis il y avait la musique. Du défilé d’ouverture à la cérémonie de clôture, la musique folklorique traditionnelle – les instruments à cordes, les chants et les rythmes qui définissent les habitants des Andes antioquiennes – a servi d’outil de médiation culturelle. Elle n’était pas un simple décor, mais un acteur à part entière, au sens de Latour (2008) : elle a façonné l’atmosphère émotionnelle de l’événement, activé la mémoire collective, renforcé le sentiment d’appartenance et créé un paysage sonore partagé où athlètes et communautés hôtes se reconnaissaient comme faisant partie d’une même culture. Martín-Barbero (1987) l’avait anticipé lorsqu’il écrivait que les pratiques culturelles populaires sont des espaces de médiation où s’articulent les identités et les significations collectives.

La mule de fer qui a porté la vasque olympique est l’artefact symbolique le plus fort de tout l’événement. Selon Bijker (1995), elle fonctionne comme un objet à l’interprétation flexible : pour les organisateurs, c’était un hommage à la vie rurale ; pour les athlètes, le reflet de leur identité paysanne ; pour les médias, une image qui résumait tout le récit. « Nous voulions inclure une mule et une vache, symboles de ces deux sous-régions, le Nord et le Bas-Cauca, où cette zone andine se mêle aux savanes qui s’étendent jusqu’aux Caraïbes colombiennes », expliquait le maire Molina Betancur (entretien personnel, septembre 2025).

L’infrastructure sportive qui a rendu l’événement possible comprenait le colisée et son terrain annexe, les rues et le terrain de Cachirimé à Puerto Valdivia. Des établissements scolaires ont été transformés en hébergements pour les athlètes, avec une logistique incluant la restauration, le transport, l’arbitrage et les soins médicaux pendant cinq jours. L’organisation s’est appuyée sur la collaboration entre Indeportes Antioquia (financement, coordination technique et communication), la mairie de Valdivia (logistique locale) et les forces de sécurité publique. Les Jeux sportifs ruraux de 2025 ont mobilisé un investissement total d’environ 2,5 milliards de pesos (Gouvernement d’Antioquia, 2025).

Selon l’Observatoire des sports d’Antioquia (2025), 4 236 athlètes ruraux ont participé aux six compétitions sous-régionales cette année-là : 2 672 hommes et 1 564 femmes. Ferney Cardona Echeverri, directeur adjoint de la promotion et du développement du sport à l’Institut des sports d’Antioquia, a souligné l’importance de la stratégie de contractualisation directe avec les municipalités : « Elle dynamise les transports, la restauration, l’hôtellerie et l’économie informelle, parfois méconnue mais pourtant essentielle » (Primer Plano, n° 207, août 2025). Cette collaboration constitue ce que Thomas (2012) appellerait un système socio-technologique : une structure hétérogène orientée vers la création d’une dynamique d’inclusion sociale.

Figure 5. Le Colisée municipal de Valdivia lors de la finale masculine de futsal. Remarque : ce même lieu, qui quelques semaines auparavant avait hébergé 92 familles déplacées par le conflit armé, était aujourd’hui rempli de supporters. La transformation d’un abri humanitaire en enceinte sportive illustre le processus d’adaptation socio-technique décrit par Thomas (2008). Valdivia, Antioquia, septembre 2025. Photographie de l’auteur.
Figure 5. Le Colisée municipal de Valdivia lors de la finale masculine de futsal.  Remarque : ce même lieu, qui quelques semaines auparavant avait hébergé 92 familles déplacées par le conflit armé, était aujourd’hui rempli de supporters. La transformation d’un abri humanitaire en enceinte sportive illustre le processus d’adaptation socio-technique décrit par Thomas (2008). Valdivia, Antioquia, septembre 2025. Photographie de l’auteur.

À Valdivia, le maire Molina Betancur a chiffré l’impact économique de manière concrète : « Ces 500 athlètes, voire un peu plus, ont chacun dépensé au moins 40 000 à 50 000 pesos, ce qui, multiplié par 500 personnes, représente 25 à 30 millions de pesos et contribue ainsi à dynamiser l’économie locale » (entretien personnel, septembre 2025). Les épiceries, les marchés, les hôtels et les restaurants ont assuré l’hébergement et la restauration des athlètes, des juges et du personnel d’encadrement pendant les cinq jours de compétition. Un chiffre modeste à l’échelle macroéconomique, mais significatif pour une économie locale fragilisée par le conflit. « Par le sport et l’adoption de saines habitudes de vie, on crée un territoire et on instaure la paix pour une population qui en a tant besoin », avait déclaré Cardona Echeverri lors du lancement de ces jeux (Gouvernement d’Antioquia, 2025).

Puerto Valdivia : le football là où la guerre a jadis fait rage.

Le détail le plus révélateur de cet événement sportif ne réside pas dans les statistiques, mais dans le lieu : les matchs de football se sont déroulés sur le terrain de Cachirimé, situé dans la commune de Puerto Valdivia, théâtre de violences quelques jours auparavant. El Colombiano (12 septembre 2025) y voyait un « signe d’apaisement ». Le « calme tendu » qui règne habituellement dans la région, selon le journal, a brièvement laissé place à une certaine normalité.

Sur un terrain en herbe naturelle détrempé par les fortes pluies nocturnes, Johiner Rivera, numéro sept d’Angostura, a transformé un coup franc qui s’est logé au ras du poteau gauche, inscrivant le huitième but d’une victoire 8-0 contre Ituango (Indeportes Antioquia, 12 septembre 2025). Sur ce même terrain, El Bagre a été sacré champion de football, tant chez les hommes (victoire 5-1 contre Cáceres en finale) que chez les femmes (victoire 9-0 contre Campamento), ces dernières faisant preuve d’une grande combativité. Les athlètes d’El Bagre – cette même commune où le nombre d’homicides a doublé en 2024, passant de 13 à 28 – ont dominé les terrains avec une vigueur qui laissait entrevoir que l’énergie violente longtemps contenue était enfin canalisée positivement.

L’athlétisme a également offert des journées mémorables. Santa Rosa de Osos a brillé avec cinq médailles d’or, dont quatre grâce à Elizabeth Espinosa et Estiven Arcila. El Bagre a ajouté plusieurs médailles à son palmarès. Le 1 500 mètres, le 800 mètres, le 400 mètres, le saut en longueur et le lancer du poids : chaque épreuve a été une petite célébration des exploits accomplis par les athlètes ruraux dans une région généralement durement touchée par la pauvreté. Le tournoi de volley-ball mixte s’est conclu par la finale contre El Bagre, avec Liliany Jaraba Navarro au service depuis la ligne de fond, offrant ainsi le titre à Cáceres. En futsal, Valdivia a été sacré champion masculin, conservant le titre remporté l’année précédente à Tolède. Nelson Augusto Hernández Díaz, employé d’Indeportes Antioquia et conseiller pour les deux sous-régions, l’avait déclaré dans son discours d’ouverture : « Durant ces jours, nous ne verrons pas seulement des buts, des paniers ou des points, nous serons également témoins d’histoires de fraternité, de respect et de joie qui resteront dans la mémoire de Valdivia » (Indeportes Antioquia, 10 septembre 2025).

Figure 6. Coup franc de Johiner Rivera sur le terrain de Cachirimé, à Puerto Valdivia. Remarque : Le numéro sept d’Angostura tire un coup franc devant le mur d’Ituango sur le terrain de Cachirimé, dans le village de Puerto Valdivia. Ce terrain, qui avait été le théâtre d’incidents violents quelques jours auparavant, accueillait les matchs de football masculin et féminin des Jeux sportifs ruraux. Ce coup franc a permis d’inscrire le huitième but de la victoire 8-0. Puerto Valdivia, Valdivia (Antioquia), 12 septembre 2025. Photographie de l’auteur.
Figure 6. Coup franc de Johiner Rivera sur le terrain de Cachirimé, à Puerto Valdivia.  Remarque : Le numéro sept d’Angostura tire un coup franc devant le mur d’Ituango sur le terrain de Cachirimé, dans le village de Puerto Valdivia. Ce terrain, qui avait été le théâtre d’incidents violents quelques jours auparavant, accueillait les matchs de football masculin et féminin des Jeux sportifs ruraux. Ce coup franc a permis d’inscrire le huitième but de la victoire 8-0. Puerto Valdivia, Valdivia (Antioquia), 12 septembre 2025. Photographie de l’auteur.

La communication en tant qu’agent

Le maire Molina Betancur – le même homme au chapeau qui avait conduit la mule de fer jusqu’au parc – l’a exprimé clairement : « De nombreux médias ont été surpris : “Allons donc ! Si, il y a 15 ou 20 jours, il y avait des nouvelles plutôt mauvaises à Valdivia, pourquoi organisent-ils maintenant des jeux ruraux ?” » Il a ajouté : « C’était précisément le but, parler d’autre chose » (interview personnelle, septembre 2025). Un journaliste d’une chaîne de télévision a déclaré à l’antenne : « Malheureusement, on parle presque toujours de Valdivia pour évoquer des nouvelles peu positives, mais il s’y passe aussi beaucoup de bonnes choses » (Telemedellín, 10 septembre 2025). Le changement de ton des médias était manifeste : El Colombiano titrait « “Trêve” au conflit à Valdivia ». Teleantioquia, Redenorte, Caracol Radio, Todelar et divers médias indépendants et communautaires ont couvert l’événement sportif. Les athlètes ont également partagé du contenu sur leurs réseaux sociaux.

Indeportes Antioquia a publié six communiqués de presse durant les cinq jours, agrémentés de photographies et de témoignages. Les publications Instagram des comptes @indeportesantioquia et @alcaldiavaldivia, ainsi que leurs comptes Facebook, ont généré du contenu visuel diffusé sur les réseaux sociaux. La mairie a retransmis en direct la cérémonie d’ouverture et les matchs disputés au Colisée . L’émission d’information audiovisuelle Primer Plano (épisode 211, 13 septembre) a consacré un reportage à Valdivia, tout comme les émissions d’information radiophoniques La Voz de Indeportes Antioquia et La Voz del Deporte Antioqueño. Selon Castells (2009), ces multiples points d’entrée au sein du réseau de communication décentralisé ont agi comme des agents qui, pendant cinq jours, ont permis de nuancer le discours sur la violence. La communication publique n’était pas un simple accessoire de l’événement sportif, mais une composante stratégique de l’alliance sociotechnique.

Mais le terme « trêve », entre guillemets, tel qu’employé par El Colombiano, révèle une ambiguïté qui mérite d’être analysée. Aucun accord formel n’a été conclu entre les acteurs armés. Il s’agissait plutôt d’une conjonction de facteurs : la présence massive de communautés issues de treize municipalités, la couverture médiatique et une situation que le maire a qualifiée d’« amélioration notable » de la sécurité. La « trêve » était peut-être moins une décision des groupes armés qu’un effet émergent de l’alliance sociotechnique : lorsque près de 500 personnes occupent l’espace public, lorsque des caméras filment depuis un territoire stigmatisé, lorsque le Colisée se remplit d’applaudissements au lieu d’accueillir des personnes déplacées, et que le territoire se trouve momentanément reconfiguré.

Et puis tout s’effondre. En décembre 2025, à peine trois mois après les Jeux, l’ELN a perpétré une attaque armée, incendiant un bus sur la même autoroute reliant Medellín à la côte caraïbe qui traverse Valdivia. L’armée a renforcé la sécurité dans la région de La Paulina et recommandé les déplacements en convois escortés (El Tiempo, 15 décembre 2025). La dynamique du conflit a ressurgi. La question que soulève ce cycle n’est pas de savoir si le sport rural fonctionne comme un moyen de médiation territoriale – les Jeux ruraux de Valdivia l’ont démontré – mais pourquoi l’État est incapable de pérenniser ce qui a été possible pendant une seule semaine.

Il est important de rappeler la mise en garde de Ladrón de Guevara (2023) concernant une tension persistante : la confusion entre communication publique – orientée vers les citoyens – et communication institutionnelle – orientée vers l’image de l’entité. À Valdivia, cette tension s’est manifestée par la coexistence de récits : d’une part, les témoignages des athlètes et la couverture médiatique indépendante constituaient un véritable exercice de communication publique ; d’autre part, les communiqués de presse remplissaient également des fonctions de positionnement institutionnel. La frontière entre les deux n’est pas toujours nette, et elles peuvent coexister. Leur gestion adéquate est fondamentale pour que la communication sportive soit un outil au service des citoyens et non un instrument d’autopromotion.

Ce que Valdivia a semé

Les Jeux ruraux de l’élevage et des produits laitiers de 2025 ont démontré un fait rarement mentionné dans les rapports de sécurité : que sur un territoire assiégé par trois groupes armés illégaux, avec un taux de pauvreté multidimensionnelle de 81 % (DANE, 2021), et où 215 personnes avaient été déplacées quelques semaines auparavant, il est possible de réunir 518 athlètes de treize municipalités pour une compétition pacifique pendant cinq jours. Que des matchs de football peuvent se jouer à Puerto Valdivia, le même quartier qui a été le théâtre de récents affrontements. Qu’une mère vendant ses marchandises à Santa Rosa de Osos peut courir librement dans les rues d’une ville dont les médias ne parlent que lorsqu’ils couvrent un conflit. Qu’un jeune de 16 ans de Guadalupe peut rêver d’université en smashant un ballon de volley-ball. Que des airs de fête peuvent emplir les rues où, auparavant, seuls des reportages sur la guerre résonnaient. La mule de fer qui portait le brasero au début de la compétition en est l’illustration parfaite : un artefact façonné par le travail et l’histoire paysanne, qui a porté sur son dos, pendant cinq jours, la possibilité concrète d’un autre avenir.

Dans cette perspective, les Jeux sportifs paysans ont fonctionné comme une alliance socio-technique émergente où acteurs humains et non humains s’unissaient et se coordonnaient pour remplir une fonction spécifique : la médiation territoriale. Cette alliance a redéfini l’espace public, dynamisé l’économie locale et engendré des formes visibles et reconnues de citoyenneté paysanne. Dans ce contexte, la communication publique n’était pas un simple accompagnement, mais un agent central qui a transformé le récit du territoire. Des paysannes comme Elizabeth Espinosa et Steicy Escobar ont incarné le pouvoir transformateur du sport avec une intensité qu’aucun discours institutionnel ne saurait égaler : concourir, travailler, trouver le temps de s’occuper de leurs enfants et représenter leurs communes, dans un contexte de conflit armé actif, est un acte d’engagement public qui mérite d’être reconnu comme tel.

L’événement a révélé le pouvoir transformateur du sport rural. Non pas un palliatif, ni un substitut aux politiques structurelles, mais une démonstration concrète que la convergence des institutions, des communautés, de la communication publique et des infrastructures peut créer les conditions d’une paix territoriale. Le paradoxe structurel persiste cependant : cette collaboration s’est effondrée dès la fin des jeux. Si une semaine de sport rural peut accomplir ce que des mois d’opérations militaires ne peuvent réaliser, le problème ne réside peut-être pas dans un manque de ressources, mais dans un manque de volonté de les utiliser durablement.

El Bagre, la commune ayant enregistré la plus forte hausse d’homicides en 2024, est aussi celle qui a connu le plus grand succès sportif. Ce paradoxe n’est pas une simple figure de style : le potentiel humain pour la consolidation de la paix se trouve précisément là où il est le plus nécessaire. À Valdivia, comme l’indique le dernier communiqué de presse d’Indeportes Antioquia, la conviction s’est ancrée que « le sport rural est bien plus qu’une compétition : il est identité, unité et avenir pour l’Antioquia rurale » (Indeportes Antioquia, 14 septembre 2025).

Références

 

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Periodista, especialista en Gerencia de la Comunicación con Sistemas de Información, magíster en Comunicación, maestrando en Ciencia, Tecnología y Sociedad de la Universidad Nacional de Quilmes (Argentina), exárbitro de fútbol, Líder Catalizador de la Innovación Pública y profesor universitario.
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